Montréal, davantage qu’un flirt
Les entreprises jurent fidélité à la métropole, même si elles souhaiteraient être un peu plus gâtées
Photo : Annik MH De Carufel - Le Devoir
Parmi les points forts de Montréal, on note la qualité de sa main-d’oeuvre, son potentiel de recherche et développement, son accès aux marchés, l’abondance de sa main-d’oeuvre et ses infrastructures de transports.
Les entreprises continuent d’être fidèles à Montréal en dépit de la cour de plus en plus pressante que leur font les villes américaines, selon une étude. Elles ne doivent toutefois pas être tenues pour acquises et auront besoin, entre autres choses, que l’on s’occupe des risques de pénurie de main-d’oeuvre qualifiée et qu’on adapte l’aide financière qui leur est offerte, à défaut de pouvoir ramener le dollar canadien à 65 ¢US ou de réparer le réseau routier d’un coup de baguette magique.
Des deux tiers aux trois quarts des 103 répondants à un sondage réalisé auprès d’entreprises de la région de Montréal prévoient maintenir, voire augmenter, leur nombre d’employés, leurs dépenses en recherche et développement, leur production manufacturière ou encore leurs exportations au cours des cinq prochaines années. Particulièrement importantes en raison de leurs fortes retombées économiques, mais de plus en plus forcées de justifier leur existence auprès de la haute direction de leur propre groupe en cette période de rationalisation, 77 % des filiales étrangères basées à Montréal s’estiment aussi (48 %), sinon plus (29 %) concurrentielles que les autres filiales de leur groupe. Plus de 60 % d’entre elles ont d’ailleurs des projets d’investissement dans la région.
Les résultats de ce sondage, réalisé de décembre à mars auprès d’une majorité de grandes entreprises aux chiffres d’affaires de plus de 100 millions, sont présentés dans une étude de 55 pages sur la perception des entreprises de la « compétitivité de l’environnement d’affaires » à Montréal dévoilée hier par la Chambre de commerce du Montréal métropolitain.
Maraudage
Cette étude, a expliqué le président et chef de direction de l’organisme, Michel Leblanc, a été commandée dans un contexte de morosité économique qui donne lieu à des campagnes intensives de « maraudage » de la part de certains gouvernements, notamment américains, prêts à tout pour attirer chez eux les entreprises installées ailleurs. L’exemple qui vient naturellement en tête est celui de l’usine d’Electrolux, de L’Assomption, qui a annoncé, à la fin de 2010, son départ et la mise à pied de 1300 employés après que les gouvernements de la ville de Memphis et du Tennessee lui eurent offert plus de 135 millions en subventions directes.
« Personne ne se préoccupait de la situation d’Electrolux avant l’annonce de son départ. On tenait cette usine pour acquise parce qu’elle était productive et concurrentielle », a observé Michel Leblanc. « La question qui se pose est : qu’en sera-t-il des activités futures de Pratt Whitney ? De Bombardier ? D’Ubisoft ? Tous ces grands joueurs sur lesquels on s’appuie pour faire le dynamisme de Montréal. Les signaux qu’on a actuellement sont extrêmement positifs, mais l’on se devait d’aller plus loin et demander aux décideurs : que pensez-vous de la région métropolitaine ? »
Perceptions et réalité
La perception, en ce domaine, est aussi importante que la réalité, précise-t-on. Les études ont beau répéter que Montréal est l’un des meilleurs endroits où vivre et où investir, il faut encore que les dirigeants d’entreprises, particulièrement ceux des filiales internationales, en soient aussi convaincus.
Parmi les points forts de Montréal, on note la qualité de sa main-d’oeuvre, son potentiel de recherche et développement, son accès aux marchés, l’abondance de sa main-d’oeuvre et ses infrastructures de transports. Paradoxalement, les mêmes facteurs sont aussi perçus comme de possibles points faibles, parce que la pénurie de main-d’oeuvre qualifiée n’est jamais bien loin, que l’appréciation du dollar canadien a fait augmenter le coût relatif des salaires et que les routes montréalaises sont dans l’état que l’on sait.
Dans certains cas, la perception semble bien éloignée de la réalité. On qualifie, par exemple, de médiocres les conditions offertes par le taux d’imposition fédéral des sociétés alors qu’il est de notoriété publique qu’il est l’un des taux les plus bas des pays développés.
Somme toute, 70 % des répondants considèrent que la région montréalaise n’est pas plus compétitive qu’il y a cinq ans ce qui n’empêche pas 76 % des filiales sondées de penser que leur siège social en a une opinion favorable.
Nouvelles formes de subventions
Les commanditaires de l’étude en concluent qu’il faut redoubler d’ardeur pour augmenter le taux de diplomation des jeunes Québécois ainsi que le nombre de travailleurs immigrants qualifiés.
On n’ose pas demander directement une hausse de l’aide financière aux entreprises dont 69 % des compagnies sondées profitent déjà. On propose plutôt que les trois ordres de gouvernements présentent « davantage d’offres communes » et que l’on se montre prêt à « tailler sur mesure de nouvelles offres qui peuvent répondre à des projets d’investissements précis ».
On répète qu’il vaut mieux se concentrer sur la rétention et l’expansion des entreprises déjà en place que de se battre pour en attirer de nouvelles. On se promet de redoubler d’efforts pour mieux faire connaître Montréal à l’étranger.
On estime ne pas pouvoir faire grand-chose de plus en ce qui concerne l’état des routes. Les décisions importantes en ce qui a trait au pont Champlain ou à l’échangeur Turcot ont enfin été prises, et des mesures de mitigation devraient être adoptées en attendant. Michel Leblanc aimerait, toutefois, que l’on apprenne de ces expériences pour commencer tout de suite à se pencher sur les travaux qu’il faudra entreprendre ensuite, notamment sur le boulevard métropolitain.
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